Reconnaitre les plantes – D’où vient le nom des végétaux ?

_ Polycarpe !

_ Oui Mimine ?

_ Va me cueillir des Solanum lycopersicum ! En passant t’iras arroser les Gladiolus cardinalis et tu rentreras mon Nerium oleander. Au fait j’espère que t’as fini de tailler les Cupressocyparis x leylandii ‘Castlewellan Gold’ ?

_ Oh la la elle me court sur le Phaseolus vulgaris

_ Qu’est-ce t’as dit ?

_ Non je disais qu’il faudrait que j’te masse plus les varices !

C’est beau hein ? Ce n’est ni un poème de Virgile ni Harry Potter ! Mimine et Polycarpe connaissent seulement les noms scientifiques des plantes. C’est classe nan ?

Apprendre les plantes par leur nom scientifique est beaucoup plus simple qu’il n’y parait. C’est très utile pour échanger avec des passionnés, discuter avec votre pépiniériste ou répondre aux questions vertes du Trivial Pursuit. Ce sont les noms qu’utilisent les botanistes dans le monde entier pour se comprendre entre eux. Les noms latins des plantes permettent parfois d’avoir des informations sur leurs caractéristiques, d’autant plus si vous avez des informations sur le genre.

Pourquoi le nom scientifique des plantes est en latin ?

Le nom ‘’courant’’, ou pour nous le nom français des plantes, est appelé le nom vernaculaire. Le problème est que ce nom diffère souvent suivant les régions pour une même plante. Certains végétaux peuvent également avoir le même nom.

C’était encore plus vrai au XVIIIe siècle, quand de nombreuses langues locales étaient encore largement utilisées en France et en Europe. C’est aussi le siècle des Lumières et de leur rationalisme et surtout le siècle des explorateurs (le mot fait son entrée dans le dictionnaire de l’Académie française en 1718).

Ces explorateurs reviennent de voyages de plus en plus nombreux et de plus en plus lointains avec des milliers de croquis de nouvelles plantes et d’herbiers. Les scientifiques se retrouvent face à un nombre exponentiel de végétaux, et il va bien falloir classer tout ça.

C’est le suédois Carl Von Linné qui va poser les bases de la classification scientifique des plantes avec trois ouvrages : Systema naturae (1735), Genera plantarum (1737) et Species plantarum (1753).

Au XVIIIe siècle, beaucoup d’ouvrages intellectuels sont rédigés en latin en Europe de l’Ouest. C’est encore plus vrai dans le cas des sciences. Ça fait classe, à l’époque Rome c’était le summum de la classe, et ça permet aux scientifiques de différents pays de discuter entre eux.

Cependant, ce n’est pas du goût de tout le monde, et ça se dispute dans tous les sens pour décider si on devrait parler latin ou français (c’est la Querelle des inversions).

Mais même D’Alembert, qui aurait bien voulu que nous nous fussions mis un peu plus sérieusement au français, (pourquoi passer six ans à apprendretant bien que mal, une langue morte ? se demande-t-il dans l’Encyclopédie) estimait que le latin devait être utilisé dans les sciences, car elle est la ”langue commune de tous les savans d’Europe’‘.

Le latin littéraire va commencer à décliner en France tandis que le latin dans les sciences va perdurer, et l’explosion des découvertes va entrainer l’apparition de nouveaux mots.

De quoi le nom des plantes est composé et comment l’écrire ?

Carl Von Linné utilise donc le latin. Comme à l’époque il n’y avait ni internet ni la télé, les scientifiques avaient beaucoup de temps à tuer et nommaient toute leur découvertes par de petites phrases en latin qu’il fallait apprendre par cœur pour se la péter en perruque et bas de soie, mais tout le monde ne voulait pas faire la même chose et on ne pigeait plus rien.

Mais Carl, lui, il avait choisi le boulot de naturaliste, et comme on commence à lui ramener des bestiaux et des fleurs de toute la planète, il n’a vraiment pas le temps. Il décide d’appliquer le nom binomial, à deux mots.

Le nom du genre, suivi du nom de l’espèce, c’est clair, c’est propre, tout le monde fait pareil et on passe à autre chose.

Le genre regroupe les plantes qui ont beaucoup de caractères en commun. Par exemple, Prunus est le genre qui comprend les cerises, les abricotiers, les pêchers, les pruniers, les amandiers… Une de leur caractéristique commune parmi d’autre et d’avoir comme fruit une drupe (un fruit charnu à noyau).

L’espèce regroupe des plantes du même genre qui peuvent se croiser entre elles pour redonner la même plante. L’abricotier c’est Prunus armeniaca, l’amandier Prunus dulcis…

L’espèce est bien souvent suivie par la première lettre du nom de celui qui l’a nommé. On retrouve souvent le L. pour Linné. Le Prunus laurocerasus L. est le laurier-cerise découvert par le naturaliste français Pierre Belon en 1546 en Anatolie et décrit en 1753 par Carl Von Linné.

Ce serait bien si on pouvait s’arrêter là…

Mais les espèces peuvent évoluer et produire des variations génétiques naturelles qui donnent des sous-espèces. Elles sont alors indiquées par ‘’ssp.’’ suivi du nom de la sous-espèce. Le nom scientifique des mirabelliers de Lorraine par exemple est Prunus domestica ssp. Syriaca.

Après la sous-espèce, il y a la variété, qui diffère seulement par sa structure botanique. Elle est notée ‘’var.’’. Le Prunus persica donne des pêches, le Prunus persica var. nucipersica donne des nectarines, le pêcher Prunus persica var. platycarpa donne des pêches plates.

Si la variation ne concerne que des changements mineurs comme la couleur, on parle de forme qui est notée ‘’f.’’. Le Prunus persica f. compressa donne des pêches ‘’doughnut’’ (en forme de … ?).

Si la modification au sein de l’espèce est d’origine humaine, grâce à la création ou à la sélection de plantes, on parle de cultivar. Le Prunus persica ‘Pepermint Stick’ est un pêcher avec des fleurs blanches rayées de rouge.

C’est pas encore fini ! Car on peut hybrider les plantes entre elles ! Youpi ! Hybride qui vient du latin ibrida  qui désignait le produit du sanglier et de la truie et moi je me suis encore perdu sur Wikipédia !

Pour désigner une plante hybride, on insère un x dans son nom scientifique, mais pas n’importe où. Devant le genre s’il s’agit d’une hybridation entre deux genres, devant l’espèce (donc après le genre) s’il s’agit d’une hybridation entre espèces (Prunus x subhirtella, Osmanthus x burkwoodii…).

On peut aussi trouver le signe ‘’+’’ quand l’hybride est obtenu par greffage.

Si vous avez bien observé, on écrit le nom du genre en italique avec une majuscule, l’espèce, la sous-espèce ou la variété en italique, ‘’ssp.’’ et ‘’var.’’ ne s’écrivent pas en italique parce que sinon ce serait trop simple et le cultivar non plus, et en plus on lui rajoute des apostrophes.

Et qu’est-ce que ça veut dire ?

Si le latin s’est imposé aux scientifiques pour nommer les plantes, ceux-ci s’inspirèrent de nombreuses autres langues et d’éléments culturels pour forger le nom des plantes.

On retrouve des termes latinisés d’origine grecque, chinoise, gauloise, allemande, arabe…

Le nom scientifique de la tomate est Solanum lycopersicum. On retrouve le grec ancien λύκος  (lúkos) qui veut dire ‘’loup’’ et du latin persicum qui veut dire ‘’pêche’’. La tomate est donc la ‘’pêche de loup’’.

Le sterculier fétide est un arbre tropical appelé qui porte entre autres nom celui d’arbre caca, arbre à merde où olivier putois. Son nom scientifique est Sterculia foetida. Foetida vient du latin foetidus qui veut dire puant et qui a donné fétide, et Sterculia du latin Sterculius, le Dieu des engrais, des toilettes et des odeurs. Le sterculier fétide est donc l’arbre puant du Dieu des toilettes. Ambiance…

Parfois, les noms des plantes rendent hommage à un personnage célèbre ou légendaire. 

Le camélia du Japon (Camellia Japonica) a été nommé ainsi en l’honneur du frère Jésuite, missionnaire et grand botaniste Georges Joseph Kamel.

En règle générale, le nom scientifique d’une plante donne une indication sur sa couleur, sa forme, son odeur, sa provenance, sa pilosité, ses vertus curatives ou autres caractéristiques.

Voici quelques exemples courants ou originaux. Certains termes sont tellement proches du français qu’ils sont évidents pour nous.

Le nom du Crocosmia vient du grec Krokos qui signifie safran (ou crocus en latin) et de osme qui signifie parfum. Le terme Krokos a donné également son nom à une ville en Grèce renommée pour sa production de safran.

On retrouve la racine grecque osme chez Osmanthus yunnanensis. Le grec anthos signifie la fleur, le nom Osmanthus est donc composé de ‘’parfum’’ et de ‘’fleur’’. Le suffixe latin ‘’-ensis’’ signifie donc que cet Osmanthus est originaire de Yunnan, à l’ouest de la Chine.

On retrouve la racine grec anthos chez Helianthus annuus, le tournesol. Le grec helios signifie soleil et le tournesol est bien connu pour son héliotropisme : elle se tourne vers le soleil.

Rubra vient de ruber, rouge. On le retrouve par exemple chez Ucinia rubra, une vivace persistante qui forme des touffes de feuilles retombantes rouges.

On retrouve ainsi de nombreux noms évoquant la couleur, tels qu’alba pour le blanc (Artemisa alba), rosea pour le rose (Rosa L. pour les rosiers, décrits par Linné en 1753), lividus pour bleuâtre ou livide (Helleborus lividus), lacteus pour laiteux (Cotoneaster lacteus), et caetera…

Le milieu où on trouve les plantes ou leur origine sont également souvent présent dans les noms. On a évoqué le suffixe latin -ensis qui signifie ‘’originaire de’’ et que l’on retrouve dans de très nombreux noms scientifiques de plantes. Je vous laisse deviner d’où sont originaires ces plantes : Sanguinaria canadensis, Schisandra chinensis, Hedera canariensis, Lilaeopsis carolinensis, Othonna capensis.

On retrouve d’autres nom de lieux, comme chez Hoya australis, Inula helvetica, Clematis alpina, Iris sibirica

L’Ourisia macrophylla (du grec phyllon : feuilles) a des feuilles de 15 à 25 centimètres de long. Une autre espèce du genre Ourisia, Ourisia microphylla, a des feuilles de 1 à 2 millimètres de long.

Pulmonaria officinalis est utilisée depuis l’Antiquité pour ses vertus curatives. Officinalis est tiré de l’officine ou la boutique des apothicaire et pharmacien.

Vous pouvez trouver un lexique de latin botanique sur ce lien.

Pour aller plus loin :

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